La défense des familles et des victimes une préoccupation au cœur de l’humain, voilà ce qui anime Maître Philippe ASSOR au quotidien.

 

Retrouvez l’intervention complète ci-dessous :

Sur BFM TV : une actualité préoccupante sur les mauvais traitements à enfants.  Entre droit de la famille des familles et droit des victimes

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Un débat instructif en direct sur BFM sur l’espionnage numérique dans les divorces.
Pour les plus pressés c’est à 5´05 et à 12´30 que vous pourrez voir mes interventions ! ?
@BFM #droitdelafamille #divorce

 

Avec le temps va, avec le temps va tout s’en va…Mais pas les douloureux souvenirs

Ceux-là ne s’effacent jamais. Et loin de les reléguer, la mémoire au contraire les convoque si souvent qu’ils deviennent indélébiles. 

L’histoire de François est aussi douloureuse que troublante. Il me consulte à l’âge de 37 ans. Sa mère vient de mourir et il a besoin de se libérer d’un poids terrible. 

Il me confie qu’à 9 ans, dans son petit village natal de la Sarthe,  il a été victime d’actes de pédophilie. Il ne l’a jamais dit à personne. Son récit me glace. 

Ce jour-là il rentrait de l’école mais il avait oublié sa clé. Il avait eu l’idée de se rendre dans la boulangerie voisine. La boulangère connaissait bien sa famille et il lui était déjà arrivé d’attendre là-bas que sa mère rentre du travail. Lorsqu’elle l’aperçoit, la commerçante téléphone immédiatement à sa maman. Celle-ci a du retard et lui demande de l’attendre dans la boulangerie. Ce sera derrière le fournil dans une pièce de repos qu’il patientera. 

Le mari de la boulangère est absent mais le couple a un nouvel apprenti qui a pris sa pause. Malheureusement le jeune homme s’avère peu recommandable. Il va mettre à profit la situation pour abuser sexuellement du petit garçon qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Lorsque sa mère le récupère, François est muré dans son mutisme. Souffrant dans sa chair, il ne laisse rien transparaître. Sa mère est un peu surprise mais elle se laisse convaincre par les explications du petit garçon qui invoque une dispute avec un des ses camarades. 

François ne parlera jamais de ce qu’il lui est arrivé cet après-midi là. Au départ par peur des représailles de l’apprenti de la boulangère qui l’avait menacé de mort au cas où il révélerait ses crimes. Puis par honte aussi. La honte malheureusement classique de la victime qui s’en veut de n’avoir rien fait, qui s’en veut de n’avoir pas crié et finalement d’avoir participé à la commission de l’acte…Et enfin à mesure que le temps passait et qu’il prenait conscience de la gravité des faits, par peur surtout que sa maman qui avait tardé à venir le chercher ne culpabilise et ne souffre encore plus que lui de ce terrible événement. 

C’est pourquoi François venait me trouver 30 ans plus tard. Sa mère venait de décéder. Il n’y aurait donc pas de victimes innocentes collatérales à ses révélations. Il était désormais prêt à faire éclater la vérité et à demander justice. 

En ce qui concerne les crimes sexuels, le délai de prescription est porté à 30 ans à partir de la majorité de la victime. Il était donc encore possible de porter l’affaire devant les tribunaux. 

Avec l’aide de la boulangère, les policiers chargés de l’enquête sont parvenus à retrouver son ancien apprenti, un dénommé William qui avait fait du chemin.  Il dirigeait sa propre boulangerie dans le sud de la France. Désormais marié et père de deux enfants, il était apprécié du voisinage, de ses clients et occupait même une place de choix au sein du conseil municipal. 

Mais l’enquête a peu à peu écorné l’image de ce voisin idéal. Il y avait déjà eu une première affaire assez similaire il y a 10 ans  qui s’était soldée par un non-lieu pour défaut de preuves car la partie civile était mal organisée et friable. 

Mais les récentes révélations de François ont déclenché une petite tornade dans la région. L’affaire s’ébruitant, les langues se sont déliées et deux autres témoignages sont venus s’ajouter à celui de mon client. 

Dans les récits des victimes, des similitudes sur les pratiques, le modus operandi et les menaces de William ne laissaient que peu de place au doute. Face à cette avalanche d’accusations et surtout aux détails concordants donnés par les victimes, William a été condamné.  Il n’a jamais avoué. Ce qui est très fréquent chez les pédophiles, il faut bien le dire. 

Avec le temps donc, les souffrances de François ne s’étaient pas effacées. Il les avait enfouies en lui pour protéger sa mère jusqu’au bout et s’était libéré à sa mort. La réparation a été salutaire.

Mais ne nous méprenons pas. Du fait de la déperdition des éléments de preuve à charge. La plainte de François aurait pu subir le même sort que celle du plaignant précédent. 

Car avec le temps aussi, souvent la preuve s’évanouit. 

Il faut croire que les gens ont confiance dans la justice de leurs pays…

Il n’est pas un client qui ne m’ait dit : « Mais Maître, le juge va comprendre ma situation ? Il ne peut qu’abonder dans mon sens ! »

Naïve confiance aussi aveugle que bien souvent déçue…

L’institution judiciaire n’est jamais qu’un service public comme un autre, voire pire qu’un autre !

Car c’est avant tout un service administratif au fonctionnement long, complexe et submergé par les demandes.

Les juges font leur métier par vocation à n’en pas douter mais ils ne peuvent le faire qu’avec les moyens qu’on leur donne…C’est à dire pas grand chose.. Ce qui explique d’ailleurs notre triste classement parmi les derniers pays d’Europe en matière de justice.

Et pourtant, lorsqu’on est confronté à la justice, c’est l’événement d’une vie. On joue

parfois très gros et on pense par projection que les juges vont consacrer à notre affaire tout le temps qu’elle nécessite.

Malheureusement, le juge n’a que quelques minutes à vous consacrer. Il faut faire vite, parfois au mépris du bon sens et de la plus élémentaire humanité…

Je dois le dire, et je ne suis pas le seul, j’ai régulièrement honte pour mes clients de la justice de mon pays.

Je suis l’avocat d’Olga, une danseuse russe au parcours touchant. Talentueuse étoile du Bolchoï, elle avait dû arrêter son ascension du fait d’un accident de la route qui lui avait laissé de réelles séquelles physiques. Débarquée en France et reconvertie en danseuse de cabaret, elle avait retrouvé sa joie de vivre auprès d’Alain, un dentiste parisien à qui tout réussissait.

Mais lorsque les sentiments se sont dégradés, Alain s’est révélé très dur et particulièrement procédurier.

Olga a commencé à vivre un enfer dans lequel les humiliations étaient monnaie courante. Je l’ai accompagné durant 5 années dans un dossier complexe et semé d’embûches.

Outre les montagnes de pièces et de justificatifs que nous avons dû produire, nous avons dû aussi nous adapter à chaque fois à une partie adverse extrêmement changeante et agressive.

Et le jour tant attendu du procès, Olga n’a même pas pu s’exprimer. On ne lui a pas laissé une seconde pour mettre ses propres mots sur le calvaire qu’elle endurait depuis des années.

A ses questions j’avais bien vu que juge n’avait pas lu le dossier, que j’avais pourtant bien préparé. Tout s’est joué à la hâte. 5 ans tranchés en 5 minutes…

La justice est une broyeuse désincarnée qui donne tout son sens à l’adage « Un

mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès ». Tous les mouvements législatifs actuels vont d’ailleurs dans le sens d’une déjudiciarisation des procédures, notamment avec le divorce par consentement mutuel sans juge ou tous les nouveaux modes alternatifs de

règlement des différends où les parties sont au centre de l’accord qu’elles doivent construire avec l’aide de leurs avocats.

La justice quant à elle, n’a pas fini de parler son propre langage ; hermétique, lent et tellement injuste.

 

Philippe Assor

 

Désordre dans les rangs des victimes 

 

Je le répète dès que j’en ai l’occasion : tous les cas sont différents et je déteste par dessus tout l’indifférenciation et la binarisation qui noient les particularismes et les individualités dans une norme immuable que l’on nous somme de prendre pour acquise. 

 

Le statut de victimes et de leurs familles est symptomatique. Disons les choses franchement : il n’y a pas de groupe constitué de famille de victimes. Pour la simple et bonne raison que chaque victime a ses particularismes et sa manière de vivre et d’évoluer par rapport au drame qui la touche. Qu’elle soit victime directe ou indirecte. 

 

Je suis l’avocat d’Irène, mère dévastée par la perte de sa fille Sandrine tombée sous les coups d’Antoine son compagnon, alcoolique et violent. 

Sans rentrer dans les détails de cette affaire tragique, je vais ici tâcher de vous démontrer toute la complexité des relations au sein de la famille de Sandrine. 

Sandrine avait une soeur et un frère, tout deux plus âgés. Marc et Florence. 

Au départ on peut dire que tout le monde parlait d’une seule voix. La peine irréparable, la colère, les questions sans réponses…la guerre avec Antoine, était déclarée et la douleur fédératrice. 

Et puis a surgi la question de l’avenir de l’unique fille du couple : Clara, la pauvre petite avait perdu sa mère et voilà qu’elle risquait de grandir sans son père qui était dès le début du procès placé en détention. 

C’est sur Clara que des dissensions sont apparues au sein de cette famille si soudée en apparence. Fallait-il la couper totalement de la famille de son père et en faire la plus lourde de toutes les victimes de ce drame ou fallait-il composer et faire en sorte que malgré tout elle puisse connaître son père, sa famille et son histoire ?

Au bout de quelques mois, l’apparent consensus se fissurait pour laisser apparaître trois postures clivées. Irène, la maman de Sandrine voulait écraser Antoine à tout prix et tout ce qui s’apparentait à lui de près ou de loin. Clara ne devait pas s’approcher du monstre. 

Marc était perdu mais s’inquiétait tout de même d’un risque de placement de la petite fille. 

Florence, la cadette, s’était complètement désolidarisé de sa mère et de son frère. Seul lui importait le bien être de l’enfant et elle avait même décidé de reprendre des liens avec Antoine et sa famille. 

Il n’y a pas de pensée unique dans le rang des victimes. 

 

Je ne le dirai jamais assez, l’avocat ne doit pas céder à la facilité de croire aussi que c’est un groupe constitué. Prendre en compte la psychologie des individus et ce qui les meut.

Vengeance, réparation, pardon, avoir le même sang ne condamne pas à avoir le même coeur.

 

Philippe Assor

 

 

Ah la jeunesse ! L’insouciance, la vie devant soi, les rêves…les désillusions aussi ! 

Lorsqu’on est avocat et médiateur, ont voit passer un certain nombre de couples et je dois dire que ce sont les jeunes qui m’étonnent le plus.. 

La nouvelle génération est souvent critiquée pour sa dimension “enfant gâté”. Je ne dirai pas cela. Je dirais que j’ai affaire à des gens qui peinent à sortir des idées qu’ils se sont faites  

Lorsque je dis cela, je pense instantanément à Ethan et Karine. Deux jeunes actifs qui en apparence ont tout pour eux : de brillantes études, un bébé en bonne santé, des amis et une famille soudée. Oui mais voilà, rien ne va plus. Monsieur reproche à Madame ses caprices. Madame reproche à Monsieur ses absences. Il exècre la princesse qu’il doit entretenir. Elle maudit ce mari fantôme qui n’a plus une minute pour elle. 

Il faut dire que les désillusions sont aussi ravageuses que les attentes démesurées.  

Lorsque je cherche à comprendre ce qui ne va plus et qu’ils se livrent à moi, je réalise de la place où je suis qu’ils ne vivent pas la même relation. Et pourtant ils se sont connus, fréquentés plusieurs années avant de se marier.

 

Ce qui fait tout exploser ce n’est pas le quotidien,  le réel ; ce sont leurs frustrations. Lorsqu’on épouse quelqu’un, il faut savoir qu’il aura nécessairement des failles. Qu’il faudra composer, s’adapter, sacrifier même certains conforts qu’offre le célibat.

Ethan se plaint de ne pas être soutenu, lui qui voulait que sa femme soit le point d’appui de ses ambitions. Elle lui reproche son exaspération en ayant l’impression que tout ce qu’elle lui dit lui paraît futile. Que toutes ses demandes et ses besoins sont des caprices. 

 

Il n’y avait plus de place pour le compromis, la tolérance, le respect mutuel. Oui mais comment s’en sortir sans faire l’effort de comprendre l’autre quand on attend qu’il vous comprenne. Il n’y a pas de réussite sans remise en question !  

Mais le pire est que le schéma est bien souvent appelé à se reproduire. Dans leurs prochaines relations, les attentes insatisfaites les conduiront à avoir encore et toujours plus de frustration. La chute toute aussi dure, condamnant nos jeunes gens, de moins en moins jeunes d’ailleurs, à une succession d’unions en CDD. 

 

Et ce ne sont pas les seuls fautifs. Je déplore un rôle souvent néfaste joué par leurs familles et leurs proches qui par des schémas de projections idéalisées, retirent leur liberté aux intéressés. Je rappelle souvent une règle fondamentale en médiation : Ce qui se passe à la maison doit rester à la maison. 

 

Il manque à tous les Ethan et toutes les Karine davantage de mesures dans leurs attentes, une envie de se projeter dans les aspirations de l’autre. Au risque de briser leurs rêves sur les récifs de l’ubérisation amoureuse…

 

Philippe Assor

 

Je le dis très souvent : quand on est avocat, il faut décoder l’humain derrière ses
demandes. Les parcours, les réussites mais aussi les échecs sont autant d’éléments à
prendre en considération dans la compréhension d’une affaire.

Il n’y a pas de meilleur exemple que celui de Simon. Son chemin était douloureux ;
marié et père de deux garçons, il gagnait très bien sa vie dans le secteur de l’édition
jusqu’au milieu des années 2000. Et puis le secteur a accusé le coup et il a été mis à la
porte de manière particulièrement subite.

Simon avait pensé retrouver un emploi avec un salaire équivalent et avait continué à
mener quelques temps un train de vie dépensier, lui qui affectionnait les bonnes tables,
les costumes de marque et les grands voyages.

Mais le temps passant, on ne lui proposait plus que des postes subalternes et
beaucoup moins bien payés. Simon a dû quitter sa rive gauche pour un petit
appartement dans une banlieue paumée. En parallèle il n’a eu d’autre choix que
d’accepter des postes toujours plus dégradants pour lui.

Son divorce par consentement mutuel qui était intervenu du temps de sa gloire d’éditeur
prévoyait une résidence alternée pour ses deux fils. Mais son ex femme qui était dans
une situation financière autrement plus florissante a décidé d’engager un procès pour
récupérer la garde totale des enfants. A mesure que la procédure suivait son cours, la
situation de mon client devenait de plus en plus critique.

Madame a alors engagé une enragée du barreau de la famille comme on en croise
parfois.
j’ai reçu un homme brisé, humilié qui cherchait à travers ses enfants à maintenir les
apparences. Je l’ai d’abord raisonné. Ses garçons allaient entrer dans une période de
leurs vies qui allait nécessiter un investissement financier important et un cadre stable.
Il fallait se montrer raisonnable. Simon ne tenait plus la route.

Mais je me suis fais un devoir de plaider son histoire, son vécu et d’une certaine façon,
de le sortir grandi de cette situation.

J’ai plaidé en humanité. Une plaidoirie sans effets de manche mais où j’ai mis mes
tripes pour dire l’indicible. Depuis trois ans, cet homme n’avait eu que des coups durs,
des chutes, des procès, des huissiers, des déceptions, des humiliations. Alors qu’il était
à terre, j’ai fait son éloge. A ce stade, bien plus que le résultat qui était sans grande
surprise, c’était sa dignité qui m’importait.

Au sortir de l’audience, Simon était en larmes. Il m’a dit : “Jamais personne n’a parlé
comme ça de moi, y compris quand j’étais au sommet de ma gloire”.

Etre avocat pour moi, ce n’est pas que connaître le Droit. C’est aussi et surtout
magnifier les hommes et les femmes que je défends.

Philippe Assor

 

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une cliente ne pousse la porte de mon cabinet pour m’exposer un énième cas de pervers narcissique. Je ne sais pas si le qualificatif de pervers narcissique est juste mais j’observe en revanche, de façon troublante, de récurrents problèmes d’emprises.

Nathalie déboule dans mon cabinet. C’est une femme des planches. Une enfant de la balle qui ayant fait son bonhomme de chemin, côtoie les meilleurs metteurs en scène. Mais elle n’est pas là pour parler carrière. Elle m’explique qu’elle vient pour quelque chose de très sérieux.

L’histoire est dure, c’est vrai : il y a trois ans, elle est tombée follement amoureuse de Victor, un comédien plus jeune qu’elle. Séducteur, Victor est riche, mais il est tempetueux, violent même. La tête baissée et la voix chevrotante, elle va me raconter les insultes, les vexations, les coups répétés… Nathalie n’y va pas par quatre chemins : Elle est sous la coupe d’un pervers narcissique très dangereux. Le bonhomme veut la détruire. Il est en train de l’isoler et a monté sa famille contre elle. Sa propre mère aurait même prit fait et cause pour lui…

Bien sûr avant cela, Nathalie a aimé Victor. Une passion folle, charnelle et brûlante. “Un truc très puissant” comme elle dit. Mais là c’en est trop. Victor rejette leur fille qu’elle a tant désirée avec lui. Il se sert de l’enfant pour l’atteindre.

Il faut agir vite et je dois préparer une requête afin d’obtenir une expertise psychiatrique devant le juge aux affaires familiales. Ce qui n’est jamais simple, contrairement à ce que l’on pourrait penser car il ne suffit pas d’alléguer des faits devant un tribunal, il faut en justifier. C’était une épreuve pour Nathalie d’avoir à fouiller dans les messages et les mails d’insultes de Victor mais pas le choix pour que notre action soit un succès… Elle m’en a été reconnaissante. Non seulement nous avons obtenu la désignation d’un expert psychiatre mais de surcroît, l’expert qui a poussé Victor dans ses retranchements a retenu des traits narcissiques de sa personnalité, sans pour autant conclure à une réelle perversion.

Du reste, on se demande quel expert dans une affaire civile, et non pénale, se risquerait à une telle conclusion. Nous obtiendrons de haute lutte que Victor soit tenu à distance de la mère et de l’enfant.

Affaire classée ?… Que nenni !

Nathalie réapparaît au cabinet un an plus tard. Gianluca a remplacé Victor. Gianluca est artiste peintre cette fois, extraordinairement beau à l’entendre. Mais Valérie n’est pas revenu pour me parler d’amour… Gianluca est colérique et carrément fou selon elle. Nathalie se retrouve très isolée. Victor avait séduit sa famille. Gianluca a retourné ses amis. Je reste perplexe. J’ai une impression de déjà vu. Comment peut-on replonger dans les mêmes schémas ? 

A croire qu’elle se complait dans une situation dont elle est systématiquement la victime. Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, les victimes cultiveraient-elles l’emprise sans le vouloir ?

Quelle faille intérieure invisible les pousse dans les bras des mêmes bourreaux pour y éprouver les mêmes souffrances et se plaindre des mêmes conséquences ? Ce magnétisme est aussi puissant que dévastateur…

Mais c’est une pièce aux rebondissements sinistres qui se joue dont l’intrigue est hélas connue d’avance !

Philippe Assor

Le métier davocat, est pour beaucoup synonyme de contentieux, de procédures voire  de guerres parfois. Mais cette image est erronée. Cest oublier le rôle crucial dintermédiation dun avocat dans la gestion des crises car comme je le répète à beaucoup de mes clients, être en conflit, cest ne plus être soi-même !

Je repense encore à Jeremy débarquant furieux dans mon cabinet. Il est particulièrement remonté contre son ex-femme. Je veux la faire payer” aboie-t-il. Il semble possédé.

Jeremy a 50 ans. Sa société dinformatique se porte à merveille, son mariage beaucoup moins…

Il a eu deux fils avec Carole, lesquels vont se retrouver au coeur de la tourmente.

Jeremy a trompé Carole. Elle a demandé le divorce car elle na pas supporté cette humiliation. Mais en fait Carole veut faire mal à Jeremy par tous les moyens. Et elle nest pas loin dy parvenir. Tout est entremêlé, le financier, laffectif, le patrimonial, la garde des enfants. Tout ! Il est une certitude : il ny aura pas de vainqueurs ; il y aura deux perdants.

Au fur et à mesure du dossier, je déplore les exagérations de chacune des parties, lengrenage des vicissitudes procédurales qui force à la surenchère. Les faux témoignages succèdent aux calomnies et aux affirmations toujours plus sordides. Jeremy aussi ny a pas été de main morte mais Carole na plus de limites. En pleine bataille judiciaire, il se retrouvera entendu par la Brigade Financière sur la base dune dénonciation anonyme laccusant d’évasion fiscale et de blanchiment. Une lettre anonyme dont les détails ne laissent à Jeremy que peu de doutes sur lidentité du corbeau…

Dans cette affaire le pire est sans doute que Carole sait combien Jeremy est un bon père pour ses enfants. Mais, aveuglée par la haine, elle veut aussi le priver de leur présence.

Ma stratégie judiciaire consiste alors à mettre en avant les faits. Mais il me faut composer avec un Jeremy qui emporté par la spirale du conflit na plus aucune propension à la négociation. Passé un certain stade, cest lego qui parle, voire qui hurle…

Cest précisément une des qualités de lavocat que celle de se détacher émotionnellement dune affaire. Il est normal d’être en empathie avec ses clients. On peut être touchés, tristes ou heureux pour eux. Mais un avocat ne doit jamais faire entrer son propre ego dans l’équation.

Le conflit en définitive nest jamais quune mauvaise symphonie où chacun finit par senfermer dans sa partition jusqu’à la cacophonie.

Fort heureusement, ce terrible constat, dune perte de temps, d’énergie mais aussi de beaucoup dargent, a conduit très favorablement nos lois à évoluer vers des modes alternatifs de règlement des différends, dits MARD.

Plus aucune procédure judiciaire ne peut être engagée sans que ne soient préalablement menées des tentatives de règlements amiables.

Mais ne nous leurrons pas : oeuvrer à la construction dun accord demande des efforts très importants tant pour les parties que pour leurs avocats.

Et croyez-en mon expérience, cela en vaut largement la peine car le conflit est un engrenage dévastateur où lon peut tout perdre et surtout se perdre.

Philippe Assor